Motorola Mobility devient « Google Mobile Devices Manufacturing – GMDM » – nom inventé – suite au rachat de l’intégralité des actions du constructeur US par Google en Cash. Cette opération représente 12,5 milliards de dollars et beaucoup de changements dans le paysage industriel de la téléphonie mobile.

Google avait toujours dit ne pas vouloir entrer dans le monde industriel et rester dans le logiciel. Cela pose un certain nombre de questions : quel relation par rapport aux autres constructeurs utilisant Android qui deviennent concurrents ? Quelle stratégie par rapport à Apple ? Que deviendra la lignée Nexus ? Les brevets de Motorola (plus de 20.000) serviront à quoi ? La plateforme restera ouverte ?

Motorola, en chiffres, c’est 20.000 enployés. C’est également 24.000 brevets dans la téléphonie mobile (souvenez vous des premiers Startac), 29% de parts de marché aux USA et des pertes financières énormes. Comme le souligne MG Siegler, ce rachat n’a pas de sens mathématique car les risques sont trop importants. Les chances de réussite géniale sont là, mais il est aussi possible de tout perdre. Les contraintes du monde industriel ne sont pas celle du monde logiciel. Pour Google c’est totalement nouveau.

En même temps, Google n’avait pas vraiment le choix. Depuis le rachat des brevets Nortel par Apple et Microsoft, la menace sur Android était réelle. Microsoft lorgnait aussi sur les brevets Motorola. Si cela avait abouti, le niveau d’alerte DEFCON 1 aurait été quasiment atteint. De fait, il aurait été très difficile pour Google et ses partenaires de survivre aux coûts engendrés par le paiement des licences induites. Tout le monde s’accorde à dire que ce rachat est d’abord pour la sauvegarde du système afin de ré-équilibrer les forces en présence. C’est d’ailleurs le seul mot qui est audible de la part des partenaires industriels. Pourquoi alors ne pas avoir acheté que les brevets ? Difficile à dire sans être dans la confession. Les hypothèses sont larges.

La première hypothèse est de profiter de ce rachat pour affiner l’adéquation entre matériel et logiciel comme le fait Apple et ainsi mieux concurrencer l’iPhone en termes de qualité perçue et d’image. j’entends déjà dire « oui mais les parts de marchés Android sont supérieure« . C’est certes vrai. Toutefois qui a entendu M. et Mme Lambda critiquer l’iPhone ? Qui a entendu M. et Mme Lambda critiquer les terminaux Android d’entrée de gamme de Samsung, LG ou HTC ? Ces personnes disent souvent « c’est un bon téléphone, mais cela ne vaut pas un iPhone …« . Et cette image est importante pour prospérer.

La seconde hypothèse concerne la gamme Nexus et les interfaces des constructeurs. Malgré l’échec commercial du premier et le succès mitigé du second à grand renforts publicitaires de Samsung, la gamme Nexus n’a pas rencontré son public. Seuls les technophiles ont répondu présent. Avec un outil industriel complet, Google augmente son contrôle potentiel sur la conception de ces appareils et peut monter fortement en gamme. On en revient à l’adéquation matériel / logiciel cher à Apple. Microsoft, sans le dire va aussi dans cette direction avec Nokia tandis que HP fait de même avec webOS.

De même, les interfaces de types Sense, Touchwizz, LG S-Class, SE UXP devront probablement se simplifier pour ne pas être un frein aux mises à jour. Actuellement, le principal effort des constructeurs dans les mises à jour est le portage de leur interface maison. Notons toutefois qu’elles intègrent souvent plus de fonctionnalités que celle de Google. Un de mes amis dit toujours « Le mieux est l’ennemi du bien…« . Cette seconde hypothèse ne justifie pas du tout le rachat à elle seule. Un bon gros contrat exclusif en mode OEM aurait suffit. Difficile à dire donc.

Quel sera le comportement des partenaires comme HTC, Samsung, LG, Sony Ericsson… ? La plupart d’entre eux ne peuvent à court terme revenir en arrière. Les investissements sont trop lourds, Windows phone 7 n’a pas encore fait ses preuves, Bada n’atteint pas le niveau fonctionnel requis, les écosystèmes de développeurs sont peu présents. Mais de partenaire, Google devient concurrent. Cela doit faire grincer beaucoup de dents et modifiera de manière profonde les modes de partenariat. D’un autre coté, ces mêmes partenaires qui proposent les mises à jour de manière assez variée seront probablement obligés d’emboiter le pas de Google pour ne pas décevoir leurs clients respectifs.

L’ouverture de la plateforme, si souvent admirée dans les milieux autorisés, est aussi en question. La fermer condamne l’écosystème. Ce n’est donc pas envisageable. Concurrencer les autres constructeurs reste possible mais plus compliqué. Il faudra alors se différencier sur les services et les accessoires. C’est peu suffisant. La création d’une seconde branche de code est aussi problématique car cassera les compatibilités avec le temps et donc l’écosystème. La stratégie dans ce sens devra être fine. Comment se différencier sans casser le beau jouet ?

Le rachat de Motorola par Google sauvegarde clairement Android à court terme avec ses partenaires technologiques. A moyen terme, cela dopera probablement la montée en gamme des différents constructeurs qui se livreront à une jolie course. Toutefois, cela va modifier profondément le paysage mobile à long terme. Le rachat peut être un aller simple au 7ème ciel ou à 6 pieds sous terre. Dans les deux cas, l’impact sera fort. Les prochains mouvement sur l’échiquier mondial seront peut-être l’annonce de l’intégration de Nokia par Microsoft ou le rapprochement fort de certains constructeurs « indépendants ». Une seule chose est certaine, la guerre sera froide et il y aura des dommages collatéraux.

 

A propos de l'auteur:
Tostaki

Blogueur sur SOSAndroid et SOSiPhone, je conseille et accompagne quelques entreprises dans leur développement sur le mobile.

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